Santé mentale, itinérance et dépendance : le RPCU fait entendre la voix des usagers

25 août 2026

Les usagers veulent être entendus, mais surtout voir des changements. Dans le cadre de la révision des orientations en santé mentale, itinérance et dépendance, le RPCU appelle le gouvernement du Québec à miser sur des services plus humains, mieux adaptés aux réalités vécues et ancrés dans l’action.

Au cours des derniers mois, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a reçu 173 mémoires, dont celui du RPCU. Nos comités des usagers et leur connaissance du terrain ont permis de faire ressortir plusieurs enjeux et pistes d’action.

Pour la question portant sur les réalités autochtones, le RPCU a également consulté son comité autochtone du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Pour plus d’humanité

Un constat traverse l’ensemble de la consultation : les services doivent être davantage centrés sur la personne, son vécu, ses besoins et sa dignité.

En santé mentale, les membres consultés soulignent la persistance de préjugés, notamment l’association entre maladie mentale et violence. Ils recommandent des campagnes de sensibilisation pour démystifier les différentes réalités de la santé mentale et rappeler qu’une personne ne se résume jamais à son diagnostic.

Les proches et les familles doivent également être mieux outillés pour accompagner une personne vivant avec une problématique de santé mentale.

Les soins psychiatriques devraient eux aussi être davantage humanisés. Perçus comme trop centrés sur la médication, ils devraient accorder davantage de place à l’écoute, au soutien psychosocial et aux activités thérapeutiques.

Le RPCU recommande notamment de renforcer les équipes multidisciplinaires, d’intégrer davantage de pairs aidants et de créer des espaces de parole et d’échange.

Agir sur les causes de l’itinérance

La hausse de l’itinérance est associée à plusieurs facteurs structurels : coût du logement, précarité économique, santé mentale et dépendance, sous-financement et fragmentation des services.

Le RPCU recommande de mieux soutenir les organismes communautaires, d’investir dans le logement abordable et la prévention et d’améliorer la coordination entre les différents paliers de gouvernement.

L’approche doit également être humaine et bienveillante. Les personnes en situation d’itinérance doivent pouvoir bénéficier d’espaces sécuritaires et accessibles, comme des cafés-rencontres, et d’occasions d’engagement valorisantes.

Une attention particulière doit être accordée à l’itinérance invisible chez les femmes et les personnes LGBTQ+, encore trop peu documentée. Les membres recommandent de consulter directement les personnes concernées, de reconnaître l’expertise des organismes spécialisés et de renforcer la formation du personnel.

Soutenir les parents et mieux rejoindre les jeunes

La crainte de perdre la garde de leurs enfants peut empêcher certains parents vivant avec une dépendance de demander de l’aide. Pour favoriser une intervention précoce, les membres recommandent de renforcer les programmes de soutien et de privilégier, lorsque la situation le permet, des interventions adaptées plutôt qu’un recours trop rapide à la DPJ.

L’intégration de pairs aidants, notamment dans les CLSC et en collaboration avec la DPJ, est proposée comme moyen de créer un lien de confiance. Le rapport souligne également l’importance de renforcer les programmes d’aide aux employés pour les personnes aux prises avec une dépendance.

Chez les jeunes, l’isolement, la surutilisation des écrans et le manque de ressources adaptées sont préoccupants. Le RPCU recommande notamment de renforcer la prévention en milieu scolaire, les ressources de proximité et les Maisons des jeunes, en élargissant leur offre aux 18-25 ans. Des activités sociales, physiques, de plein air ou créatives peuvent également favoriser l’engagement et le lien social.

Des services adaptés aux réalités autochtones

La consultation a fait ressortir les enjeux particuliers vécus par les Premières Nations, notamment la détresse psychologique, les inégalités d’accès aux services, le choc culturel et la migration vers les milieux urbains.

La méconnaissance de l’histoire des relations entre les Premières Nations et le système de santé, les barrières linguistiques, les préjugés et le manque d’ouverture culturelle peuvent miner la confiance envers les institutions.

Le RPCU recommande notamment de mieux intégrer les réalités et l’histoire des Premières Nations dans la formation des professionnels, de favoriser la co-construction des services avec les communautés, de valoriser les pratiques développées au sein de celles-ci et d’accroître la présence d’intervenants autochtones en milieu urbain.

Quand la parole des comités mène à l’action

Le travail des comités démontre que leur participation peut mener à des améliorations concrètes.

En 2025, le comité des usagers de l’Hôpital de Jonquière a reçu le coup de cœur du jury des Prix d’Excellence du RPCU pour ses démarches visant à améliorer le parcours des usagers en santé mentale à l’urgence.

Après avoir soulevé des problèmes liés notamment aux transferts longs et vécus comme stigmatisants vers Chicoutimi, le comité a travaillé avec la direction. Une nouvelle trajectoire de soins a été mise en place en janvier 2025, permettant de réduire les délais, de limiter la stigmatisation et d’offrir un environnement mieux adapté.

Un bilan attendu

Le gouvernement analyse actuellement l’ensemble des contributions. Une équipe de 26 professionnelles, professionnels, directrices et directeurs a d’abord procédé à une première lecture de chaque mémoire afin d’en dégager les principaux enjeux, constats et recommandations. Une deuxième phase permettra de regrouper les thèmes et de préparer un bilan des consultations.

Le bilan des consultations sera rendu public à l’hiver 2027 et devrait servir d’assise aux prochaines orientations du gouvernement du Québec.

Par sa contribution, le RPCU souhaite contribuer directement à l’amélioration des services, notamment par l’expertise des comités mise de l’avant à travers cette démarche.

Pour consulter notre rapport, cliquez ici.

Partger cet article