Pourquoi des paramédics doivent-ils intervenir à répétition auprès de personnes âgées hébergées en résidence privée pour aînés (RPA)? Alors que des ambulanciers dénoncent des transports à l’urgence qu’ils jugent parfois évitables, une question se pose : ces milieux d’hébergement disposent-ils des ressources nécessaires pour répondre aux besoins de leurs résidents?
Dans un article publié par le Journal de Montréal, des paramédics témoignent de situations qui soulèvent des préoccupations quant à la prise en charge des aînés. Invitée à réagir à QUB Radio, à l’émission Rizqy-Villemure, la directrice générale du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU), Sylvie Tremblay, dénonce les lacunes de certaines RPA et va même jusqu’à évoquer une forme de maltraitance systémique.
Elle soulève notamment la question de la responsabilité des milieux d’hébergement, qui ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour répondre aux besoins de leurs résidents.
Pourquoi des paramédics doivent-ils intervenir à répétition auprès de personnes âgées hébergées en résidence privée? Et surtout, que se passe-t-il avant leur arrivée?
Pour Sylvie Tremblay, ces interventions mettent en lumière un problème qui dépasse le recours aux services ambulanciers : la capacité de certaines RPA à prendre adéquatement en charge des résidents dont l’état de santé et le degré de vulnérabilité évoluent avec le temps.
« Ce que l’on voit à tous les jours, c’est que des personnes âgées qui sont vulnérables ne sont pas traitées correctement pour les besoins qu’elles ont », a-t-elle souligné en entrevue.
Des résidents vulnérables, des ressources insuffisantes
Sylvie Tremblay insiste particulièrement sur la situation des RPA, où des personnes initialement autonomes peuvent progressivement avoir besoin de davantage de soutien. Avec le vieillissement, les problèmes de santé, les chutes et les troubles cognitifs peuvent accroître les besoins d’accompagnement.
Or, selon la directrice générale du RPCU, les ressources présentes dans certaines résidences ne sont pas toujours en mesure de répondre à cette évolution des besoins, notamment le soir et la fin de semaine.
Elle souligne que des professionnels, comme les infirmières auxiliaires, les infirmières et les médecins, sont censés pouvoir contribuer à la prise en charge, selon les services offerts par les établissements. Mais lorsque les ressources nécessaires ne sont pas disponibles ou ne peuvent intervenir, le recours à l’ambulance peut (malheureusement) devenir une solution de remplacement.
Pour le RPCU, cette situation soulève une question fondamentale : les milieux d’hébergement disposent-ils réellement du personnel, de la formation et des moyens nécessaires pour répondre aux besoins des personnes qu’ils accueillent?
Qui est responsable de la prise en charge?
Au-delà des tensions entre les paramédics, les équipes hospitalières et les milieux d’hébergement, Sylvie Tremblay ramène le débat à la personne qui devrait être au centre des préoccupations : le résident.
« Tout le monde se lance la balle », constate-t-elle, en décrivant une situation dans laquelle la personne âgée vulnérable risque de se retrouver prise entre différents acteurs qui ne parviennent pas toujours à répondre à ses besoins.
La directrice générale du RPCU déplore notamment le manque d’imputabilité dans le réseau des RPA. Selon elle, lorsqu’une personne est transférée à l’hôpital, sa prise en charge ne devrait pas simplement devenir le problème d’un autre milieu.
Les résidences ont une responsabilité envers les personnes qu’elles accueillent. Elles doivent notamment s’assurer de disposer d’un personnel suffisant et formé, capable de répondre aux besoins des résidents et d’intervenir lorsque leur état se détériore.
La question est d’autant plus importante que les résidents et leurs familles peuvent consacrer des sommes considérables à leur hébergement et s’attendre, à juste titre, à recevoir les services convenus ainsi qu’un accompagnement adapté à leurs besoins.
Mieux encadrer les milieux d’hébergement
L’intervention de Sylvie Tremblay survient dans un contexte où la certification des RPA et la capacité de ces résidences à répondre aux besoins des aînés sont au cœur des préoccupations. Elle estime qu’il faut poursuivre le travail afin de mieux définir les responsabilités des résidences privées et de s’assurer que les personnes vulnérables y reçoivent les services nécessaires.
Pour le RPCU, la protection des droits des usagers exige que les situations préoccupantes soient examinées au-delà de l’incident lui-même. Il faut pouvoir déterminer si des lacunes dans l’organisation des services ont contribué à la situation et quelles mesures doivent être prises pour éviter qu’elle se reproduise.
La prévention de la maltraitance organisationnelle passe notamment par une meilleure adéquation entre les besoins des résidents et les ressources disponibles, une formation appropriée du personnel, ainsi que des mécanismes de surveillance et de suivi efficaces.
En conclusion de son entrevue, Sylvie Tremblay adresse également un conseil aux familles : « Vérifiez, quand la personne s’en va en RPA, quels sont les services et quelles sont les personnes qui y sont rattachées. »
Pour écouter l’entrevue complète de Sylvie Tremblay à QUB Radio, cliquez ici!


