« Heures défavorables » pour les rendez-vous médicaux : Un concept qui doit disparaître

14 août 2026

À la suite du reportage de la journaliste Marie-Michèle Sioui publié dans Le Devoir, la directrice générale du RPCU, Sylvie Tremblay, a multiplié les interventions dans les médias pour rappeler une priorité toute simple : les usagers doivent pouvoir obtenir un rendez-vous lorsqu’ils en ont besoin, et non uniquement durant les heures qui conviennent au modèle actuel des cliniques. Autrement dit, les patients ne devraient pas avoir à s’adapter au système public.

En trois entrevues données le 13 août, elle a martelé le même message : les « heures défavorables » ne devraient pas être un prétexte pour limiter l’accès aux soins.

Le débat sur l’accès aux rendez-vous en médecine familiale a pris de l’ampleur après la publication du reportage de Marie-Michèle Sioui dans Le Devoir.

La journaliste s’est intéressée à l’évolution de l’offre de consultations en dehors des heures habituelles et a constaté que la situation avait très peu évolué depuis 2024. Les rendez-vous demeurent largement concentrés durant les journées de semaine, avant 15h, alors que les plages offertes les soirs et les fins de semaine restent limitées.

Un constat particulièrement préoccupant pour le RPCU, alors que l’augmentation de l’accès aux services devait justement faire partie des bénéfices attendus de la négociation entre Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec….

Depuis la publication du reportage, Sylvie Tremblay a porté cette préoccupation sur plusieurs tribunes médiatiques, dont celle du 98,5 Montréal, le matin du 13 août.

Elle a ensuite été invitée à commenter cette affaire à QUB Radio, BLVD 102,1 FM, puis à Radio-Canada Québec. Mme Tremblay a ainsi contribué à enrichir une importante réflexion : comment peut-on parler d’accessibilité si les personnes qui travaillent, les parents, les proches aidants et les personnes vulnérables ne peuvent pas obtenir de rendez-vous au moment où elles sont disponibles

« Les heures défavorables » : un concept qui irrite

Invitée à l’émission Brikh-Villemure, à QUB Radio, Sylvie Tremblay s’est notamment attaquée à l’expression « heures défavorables », qui tend à présenter les consultations en soirée et la fin de semaine comme des périodes moins souhaitables pour les médecins.

Pour la directrice générale du RPCU, cette façon de voir les choses doit être remise en question. Dans un réseau public, rappelle-t-elle, l’organisation des services doit d’abord tenir compte des besoins de la population.

« Travailler à ce que votre modèle d’affaires soit ouvert pour des personnes qui veulent des rendez-vous le soir et le week-end (…) Il faut absolument que ça change (…) Ouvrez des plages pour les personnes. C’est ça qu’on demande, c’est ça qu’on dit au gouvernement aussi, vous avez négocié ça. »

Le message est clair : il faut revoir le modèle d’accès plutôt que demander aux usagers de s’y adapter.

Quand l’accès fait défaut, l’urgence devient la porte d’entrée

Cette difficulté d’obtenir un rendez-vous en première ligne ne reste pas sans conséquence.

Faute de pouvoir consulter rapidement un médecin, certains patients se tournent vers les urgences, contribuant ainsi à une pression supplémentaire sur des établissements déjà fortement sollicités.

Sylvie Tremblay a fait le lien entre cette difficulté d’accès et un été particulièrement éprouvant dans les urgences.

« Ça a été un des pires étés à l’urgence. Pourquoi? Parce que le 811, c’est des heures et des heures sans avoir de discussion avec quelqu’un », dénonce-t-elle.

Pour le RPCU, la première ligne doit justement jouer son rôle de première porte d’entrée dans le réseau. Lorsque cette porte est difficile à franchir, c’est l’ensemble du système qui finit par en subir les conséquences.

Pour un réseau public accessible

Sur les ondes de BLVD 102,1, à l’émission On en jase avec Jeff Fortin et Pascale CV, Sylvie Tremblay a poursuivi sa réflexion sur la concentration des rendez-vous en semaine, souvent avant 15 h.

Elle a notamment remis en question l’utilisation de la notion d’« heures défavorables ». Car pour le RPCU, cette expression appartient à une logique qui doit évoluer. Les cliniques font partie d’un système public dont la mission est de répondre aux besoins de la population. Il faut donc réfléchir à l’organisation des services à partir des réalités des patients plutôt qu’à partir d’un modèle d’affaires qui ne tient pas suffisamment compte de leurs contraintes.

Et pour les personnes vulnérables, Sylvie Tremblay rappelle également l’importance de la continuité dans la prise en charge. Un parcours médical ne devrait pas devenir une succession de consultations avec des professionnels différents lorsque la situation d’une personne exige un suivi cohérent et personnalisé.

Une entente à revoir

Sur les ondes de Radio-Canada Québec, dans le cadre de l’émission C’est encore mieux l’après-midi avec Olivier Lemieux, Sylvie Tremblay est revenue sur les attentes suscitées par les négociations entre Québec et les représentants des médecins de famille.

L’objectif annoncé était notamment d’améliorer l’accès aux services. Or, selon les données rapportées dans le reportage de Le Devoir, la répartition des rendez-vous n’a pas connu l’évolution attendue.

Pour le RPCU, l’écart entre les engagements et les résultats est préoccupant.

« Nous devions avoir une avancée significative avec la Fédération des médecins de famille. On est pas dans l’accessibilité, au contraire. C’est plus que dommageable pour le système… », constate-t-elle à regret.

Cette situation est d’autant plus difficile à accepter que des sommes importantes ont déjà été consacrées à l’amélioration de l’offre médicale et que des centaines de milliers de personnes sont inscrites auprès d’un médecin de famille.

« On ne peut pas inscrire des gens, et ne pas les voir! », a lancé Mme Tremblay en entrevue, soulevant ainsi un non-sens inquiétant. Car, faut-il le souligner : Inscrire des patients sans augmenter suffisamment les possibilités de consultation ne permet pas de résoudre le problème d’accès…

Respecter le pacte social

Le RPCU ne remet pas en question l’importance de bonnes conditions de pratique pour les médecins de famille.

Mais il estime qu’une entente conclue entre le gouvernement et les fédérations médicales doit également être évaluée à partir de ses effets sur les personnes qui utilisent les services.

Sylvie Tremblay parle ainsi d’un pacte social : les investissements publics doivent contribuer à améliorer concrètement l’accès et la prise en charge.

Car les données actuelles soulèvent une question incontournable : les usagers ont-ils réellement bénéficié des changements annoncés? Poser la question, c’est parfois y répondre!

« On ne demande pas la lune »

À la fin de sa journée d’entrevues, Sylvie Tremblay est revenue à l’essentiel, sur les ondes de Radio-Canada : le RPCU ne réclame pas un système parfait ni des services luxueux.

« On ne demande pas la lune ou des services chromés. On veut des services, point. Pour les personnes malades ».

L’accès aux soins ne devrait pas être une question de privilège, de disponibilité exceptionnelle ou de capacité à naviguer dans un système complexe.

Et si les négociations devaient permettre d’améliorer l’accès, les usagers doivent maintenant pouvoir en voir les résultats concrets.

Envie de réécouter Sylvie Tremblay à QUB Radio? C’est par ici!

Pour son intervention à BLVD 102,1 FM, cliquez ici.

Et pour entendre son échange avec Olivier Lemieux à Radio-Canada Québec, rendez-vous ici!

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