La crise du logement est aussi une crise de santé publique

21 September 2026

La crise du logement se paie aussi en santé, considérant qu’un logement inadéquat peut rendre malade. C’est l’un des constats qui ressortent d’une récente étude intitulée La facture collective de la crise du logement au Québec, qui met en lumière les effets bien réels des mauvaises conditions d’habitation sur la santé physique et mentale.

Au coeur de la campagne électorale, le RPCU estime qu’il est temps de regarder la crise du logement sous un autre angle : celui de la santé, de la qualité de vie et des droits des usagers du réseau de la santé et de services sociaux. Nous considérons que le prochain gouvernement doit en faire un enjeu à part entière.

Un logement inadéquat, une santé fragilisée

Le rapport réalisé par l’Observatoire québécois des inégalités en collaboration avec la Chaire de recherche sur la réduction des inégalités sociales de santé de l’UQAM et plusieurs directions de santé publique, s’intéresse notamment aux coûts en santé du manque de logements adéquats.

Les résultats sont particulièrement révélateurs. Dans l’ensemble, les mauvaises conditions d’habitation – logement inabordable, de taille insuffisante ou de mauvaise qualité – expliqueraient environ 30 % des cas de mauvaise santé générale déclarés au Québec…

La qualité du logement ressort comme un facteur particulièrement déterminant. Les personnes qui vivent dans un logement de mauvaise qualité, notamment en présence d’humidité, de moisissures, d’infestations, d’une mauvaise qualité de l’air intérieur ou d’eau non potable, présentent plus de deux fois le risque de se déclarer en mauvaise santé générale (comparativement aux personnes vivant dans un logement en bon état).

La taille du logement compte également : vivre dans un logement jugé insuffisant augmente de 12 % la probabilité de se déclarer en mauvaise santé générale. Quant à l’abordabilité, consacrer plus de 30 % de son revenu au logement est associé à un risque accru de 37 % de se déclarer en mauvaise santé générale.

Santé mentale et insécurité alimentaire

L’incidence est tout aussi préoccupante au niveau de la santé mentale. Selon l’étude, les personnes vivant dans un logement de mauvaise qualité présentent un risque 64 % plus élevé de se déclarer en mauvaise santé mentale que celles qui vivent dans un logement adéquat. À elle seule, la mauvaise qualité des logements serait associée à 14 % des cas de mauvaise santé mentale observés au Québec.

Derrière ces statistiques se trouvent des réalités bien concrètes : vivre avec de l’humidité ou des moisissures, composer avec des infestations, manquer d’espace ou ne pas savoir si l’on sera capable de payer son loyer le mois prochain.

À cela s’ajoute une autre conséquence : l’inabordabilité du logement réduit le revenu disponible pour répondre à d’autres besoins essentiels et peut accentuer l’instabilité résidentielle.

Les ménages qui consacrent plus de 30 % de leur revenu au logement sont 52 % plus susceptibles de vivre de l’insécurité alimentaire. L’étude estime que ces effets indirects liés à l’inabordabilité du logement représentent environ 87 millions de dollars de dépenses collectives en 2023, notamment pour les banques alimentaires et les mesures d’aide publique.

Or, l’insécurité alimentaire est elle-même associée à une moins bonne santé. Le lien entre logement, alimentation et santé illustre donc comment une pression financière sur un besoin essentiel peut rapidement en fragiliser d’autres.

Une facture salée pour le système de santé

Dans ce contexte, les conséquences se répercutent aussi sur notre système de santé.

En 2023, les conditions de logement inadéquates auraient été associées à 37,4 millions de dollars en consultations médicales. Cette estimation ne représente toutefois qu’une partie de la facture : les consultations de première ligne ne constituent qu’une fraction des dépenses totales de santé. En extrapolant à l’ensemble du système de soins, l’étude estime à environ 2 milliards de dollars par année le coût associé aux logements inadéquats.

Et les conséquences se mesurent également en qualité de vie. Selon les estimations de l’étude, vivre dans de mauvaises conditions d’habitation fait perdre environ un mois de vie en bonne santé par personne chaque année. Et la valeur cumulée de ces pertes est estimée à 2,8 milliards de dollars annuellement.

Une question de droits pour les usagers

Pour le RPCU, ces résultats et cette crise doivent interpeller bien au-delà de la seule question de l’habitation.

Lorsqu’un appartement inadéquat contribue à détériorer la santé, à accroître le recours aux services de santé et à fragiliser la qualité de vie, la crise dépasse largement l’enjeu du logement. Elle devient un enjeu de santé publique, d’accès aux soins et, ultimement, de droits pour les usagers.

Parce qu’au bout du compte, un logement adéquat, ce n’est pas seulement un toit : c’est une condition essentielle pour vivre en santé, préserver sa dignité et réduire les inégalités.

Cliquez ici pour consulter le volet santé de l’étude.

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